Emilie restait pensive, sur son canapé. Rien que dans le noir. Toute seule. Elle écoutait les battements désordonnés de son coeur. Elle avait peur de mourir. Cette angoisse sourde la taraudage depuis des années. Son mari lui faisait peur, il 'avais frappée plusieurs fois pour rien. Il partait chaque fois et revenait dans une demi heure sans un mot d'excuse. Depuis qu'elle savait qu'elle avait une récidive de son cancer. L'idée  de la mort s'était aggripee à elle comme une bête immonde : "je vais mourir, je vais pourir" et tous ses malaises inexpliqués lui semblaient des signes prémonitoires. Elle dechiffrait sur son visage ridé l'annonce de cette mort comme un sphinx son corps lui parlait. Elle aurait voulu lancer des plaintes à la face des étoiles. Maudire tous ceux qui dans sa vie avaient contribué à sa lente descente vers un manque total d'avenir.

     Elle se souvenait comment la recidive s'était manifestée. Elle avait senti un liquide dans sa bouche en pleine nuit et quand elle avait craché dans le lavabo du sang était apparu. Du sang comme la veille quand son conjoint l'avait frappée. Elle avait mis en rapport les deux faits et elle en avait conclu que les violences de son mari lui provoquaient ces maladies mortelles. Le cancer, c'est les autres. Parce qu'elle ne pouvait pas dire à son mari sa révolte contre lui, parce qu'elle ne pouvait relater à quiconque ces scènes de violence, même pas à ses parents qui étaient aveuglés par les bonnes manières de leur gendre hors de son foyer.

       Interrogée l'equipe médicale diagnostique un cancer du poumon, métastase de son cancer au sein primaire. Ses jours étaient comptés puisque ce cancer n'était pas opérable en raison de ses problèmes cardiaques. Elle était déjà morte, recluse dans cette prison sans barreaux où la violence  conjugale l'avait enfermée.