Un jour, par la télévision ou la presse ou internet  j'ai appris que tous les trois jours une femme mourait en France des suites de violences conjugales. C'était en 2013. J'ai créé une fondation sous l'égide de Caritas, en faveur des femmes battues et des cancéreuses en difficulté.

Longtemps j'ai pensé que moi aussi j'aurais pu mourir, je n'ai eu qu'un peu de chances par rapport aux malheureuses qui meurent dans l'indifférence générale. Il suffit d'un coup même occasionnel. Il peut entraîner la mort. Et qu'est ce qu'une vie de femme dans la peur sans cesse renouvelée à cause des violences conjugales ? Peur de la mort, oui, peur de la mort quand mon  ex  mari s'est jeté sur moi et a tenté de m'étrangler. Parce que je je lui reprochais de vouloir me tromper quand je l'ai vu mettre des préservatifs dans son sac de voyage, pour partir en mission pour le travail. Il me l'a dit après "je voulais t'empêcher de parler" ! Je frémis encore quand je me souviens comme je me suis débattue pour me dégager donnant des coups de pied. Il y a eu aussi ce coup de poing au sein  qui n'est pas étranger à mon avis à ma récidive. Car, et c'est scandaleux, mon ex mari m'avait frappé au sein déjà atteint d'un cancer. De même, il m'a tordu le bras atteint d'un lymphoedeme.Et ce coup donné à ma tête pour la taper contre le tableau de bord de la voiture. J'avais peur et pas seulement la peur des coups mais l'angoisse de mourir par ces coups. Il suffit de si peu de choses pour passer de vie à trépas. Je suis persuadé que mes cancers successifs n'étaient qu'une manifestation de mon corps pour désigner ma douleur, un appel à l'aide. Victime, je n'étais pas crue. Il fallait toujours patienter même pour mes parents qui pensaient m'aimer. Mes beaux parents, mes amis du couple m'accusaient de mentir et on plaignait mon époux d'avoir une femme si triste, si dépressive. Car on accuse bien les femmes d'avoir cherché les coups même dans le couple. Comme mon ex l'avait dit à son avocat : "je n'ai rien à lui reprocher" celui ci a bâti sa plaidoirie sur le fait que j'étais dépressive, justifiant ainsi les violences conjugales que mon ex devant la juge niait encore. En plus comme j'étais en pleine récidive avec chimiothérapie, après ablation du sein, et que j'avais connu quatre années de combat pour le divorce que j'avais demandé moi même, je ne pouvais pas être précisément joyeuse.Ainsi j'ai obtenu le divorce aux torts exclusifs de mon ex mari, j'ai rencontré un homme que j'aimais et avec qui j'ai vécu maritalement. Avec lui, cela a été une scène violente parce que je lui avais demandé de moins boire de bière. Le jeune homme calme s'était mué en bête féroce sous l'effet de l'alcool me frappant et me donnant des coups de pied alors que j'étais à terre couchée sous une table pour me protéger. Là encore j'avais vu la mort de près. Et je n'avais pas pardonné même si mon copain d'alors m'avait fait du chantage pour que je retire ma plainte. Après avoir bien pleuré et regretté, il m'a redonné une gifle et surtout s'est plaint à sa famille de moi. Mon ex mari lui avait téléphoné et bien sûr avait nié m'avoir frappée. Et au lieu de me croire moi qu'il disait aimer, il a fait confiance aux mensonges d'un ex mari. Celui ci me frappait par énervement, l'autre me battait quand il avait bu. Jamais je ne pardonnerai à l'un ou l'autre car tous les deux ont menti à leur famille et m'ont fait passer pour menteuse. Et puis j'ai voulu sauver ma vie. Je suis persuadé que les cancers successifs que j'ai eu (les 4 du sein, et celui du poumon que j'ai à nouveau maintenant, moi qui n'ai jamais fumé) sont un effet rétroactif ou instantané de leur violence physique.

J'ai voulu témoigner afin que les femmes battues qui me liront puissent plus vite, que je n'ai réussi à faire, 

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quitter leur bourreau ou leur mari ou compagnon violent des les premières violences conjugales. Il est faux de croire au repentir de ces messieurs (s'ils se repentissent ce que mon ex n'a jamais fait) c'est pour recommencer. Ma vie a été gâchée parce qu'en n'osant pas partir dès la première gifle, dès le premier coup  je suis restée seule et sans enfant. Les cancers m'ont peu à peu dévorée 

Parce qu'il faut aider les femmes battues à se reconstruire' j'ai donné plus de la moitié d'une vente immobilière pour ma fondation et j'ai donné mon temps en écrivant dans mes blogs "combatspourfemmes" et "vivrelecancer" sur canalblog. Tant pis, si je n'ai pas d'écho, pas de témoignage, je jette une bouteille à la mer.

Je voudrais lancer des flèches vers le ciel pour combattre la peur de mourir, la solitude, le cancer. Le cancer, c'est les autres et notamment la violence conjugale ou l'indifférence des proches ou  la méchanceté des gens qui profitent des cancéreuses en difficulté. Les cancéreuses ont des difficultés vis à vis des médecins qui ne croient pas en la récidive avant preuves à l'appui et grand laps de temps entre examens médicaux et prise en charge. Depuis trois ans je n'ai fait qu'alerter l équipe médicale sur les signes d'une récidive au poumon et ils ne m'ont pas prise au sérieux. Depuis quatre mois j'attends qu'un traitement commence et avec ces lenteurs je perds des chances de suivie. Il faut se battre pour que la parole de la cancéreuse soit crue, il faut lutter afin que les cancérologues, les généralistes et spécialistes soient de bons médecins (quand on pense au nombre d'erreurs médicales cela fait frémir) ! Il faut tisser des liens de solidarité entre les cancéreuses et soutenir celles qui perdent espoir à cause des difficultés financières, des problèmes au travail, de la solitude, de la méchanceté ou indifférence des proches ou des gens qu on croise.

Pour retrouver le goût de vivre  il faut puiser (si on  ne peut le faire auprès de ses proches), son courage dans les beautés de la vie et de l'art. Chaque jour, chaque minute offrent un moment de bonheur par le souvenir de ceux qu'on a aimés. Par l'émotion artistique et les musiciens, les écrivains, les peintres de génie sont encore présents dans leurs oeuvres qui nous repètent à satiete que la vie est belle. Puis il faut se battre à chaque heure et parce qu'on aime, on se passionne pour Paris, pour l'art  on puise nos forces dans cette beauté qui nous est donnée à foison. 'Je suis un feu qui souffre s'il ne flambe pas' disait Stendhal.

Je voudrais continuer à vivre grâce à ma fondation car aider son prochain n'est ce pas vivre soi même dans le présent mais aussi dans l'avenir même si on ne fait plus partie de ce monde ? Je n'aurai été qu'un chainon bien modeste mais mon existence n'aura pas été inutile.