Dans son autobiographie Mars, Fritz Zorn associe au cancer à la fois la maladie de l'âme et la maladie du corps (chapitre 1, "Mars en exil"). Tout cela peut être vérifié amplement si l'on considère le cas de la femme battue. En effet, déjà nous avons témoigné du fait que la femme battue souffre doublement parce qu'elle ne supporte plus sa condition de victime mais aussi parce qy'elle n'est pas crue, par son entourage et plus généralement par la société. Son compagnon ou son mari qui nient jusqu'au bout (même devant la juge des affaires familiales) la font passer pour menteuse, affabulatrice et qui plus est pour une femme dépressive, renfrognée, triste, ce qui presque selon ces hommes justifierait leur violence. Je suis outrée quand je me souviens que l'avocate de mon ex s'est permis de dire que la seule fois où mon ex m'avait donné une claque c'était pour m'empêcher de me suicider. Or la souffrance d'être frappée à plusieurs reprises et par un homme que l'on a aimé, que l'on a choisi, n'a pas de bornes. 

Et si elle ne quitte pas d'emblèe son mari  violent, voilà qu'elle est taxée de "femme qui aime la violence" alors qu'elle ne trouve aucun appui chez ses parents, beaux parents, amis du couple... et là la femme battue est dénigrée.

Relisons les lignes que Zorn écrit dans "Mars en exil' chapitre 8 de Mars : "Je crois que le cancer est une maladie de l'âme qui fait qu'un homme tout son chagrin est dévoré lui même, au bout d'un certain temps par ce chagrin qui est en lui". Parce que la femme battue souffre en silence, parce qu'elle ravale ses larmes et adopte pour les siens, les voisins, les individus qu'elle croise, un masque de contentement, son chagrin la dévore.

Comment ne pas voir la réalité de cette assertion ? "Les larmes rentrées" se transforment en tumeurs  et la femme battue exhibe aux yeux de tous son mal être mais hélas c'est un cancer qui la tuera petit à petit. Inconsciemment, elle se détruit elle même et pour complaire à sa famille ou parce qu'elle a trop attendue , elle paie de sa vie la violence conjugale. C'est pour cela que les femmes battues doivent combattre, quitter leur concubin ou époux et se faire aider par des associations d'aide à la condition féminine ou par des psychologues, surtout si leur entourage les dissuade de se séparer de leur bourreau.

Combien de femmes battues qui n'ont pas la force psychique, physique, l'indépendance financière, qui sont rabaissées par leur compagnon ou conjoint, et s'oublient elles mêmes au profit de leurs enfants ou autres  meurent des suites du cancer consécutif à la violence conjugale ? Dans les statistiques sur les femmes battues, 10 pour cent de la population féminine vivent peu ou prou dans la violence conjugale. Combien meurent elles de maladies graves comme les cancers ou les maladies cardiaques ? Si déjà savoir qu'une femme meurt en France tous les trois jours des suites de violences conjugales est épouvantable, inadmissible, le nombre des décès causés par la violence au sein des foyers est inquantifiable et par là même inquiétant.