Petit à petit, les portes se ferment. D'abord le fait d'être inopérable à cause d'une insuffisance cardiaque et respiratoire. C'est vraiment un manque de chance car la tumeur petite était bien placée et donc facilement opérable. Ensuite, on vous apprend sans ménagement que la radiothérapie n'a pas marché la tumeur n'a pas diminué. Il faut attendre, peut être, cela diminuera tout seul. Et vous restez avec cette angoisse au fond de votre coeur, avec ce crabe qui peut à tout moment grossir et vous emporter. Et puis ce sont les gens et pas seulement le milieu médical qui s'evertuent à vous déstabiliser. Les faux ami(e)s qui vous appellent pour vous raconter que X ou Y est mort d'un cancer comme le vôtre en deux mois, que chez Z la tumeur cancéreuse a grossi en deux jours. Qui dit mieux ?. Les gens de la rue qui vous lancent des remarques cinglantes comme : "la carte d'invalidité à 80 pour cent, c'est pour aller au cimetière" ou " si vous avez six cancers, c'est que vous l'avez mérité" on ne vous cède pas la place réservée aux handicapés. Même avec le dispositif pour transporter la bouteille d oxygène, le chariot, on ne vous laisse pas une place assise. Pourtant, c'est un calvaire de traîner cette bouteille de trois kilos, de soulever le caddie pour monter dans le bus. Mais voilà dans ce désert peuplé qu'est Paris, les gens sont indifférents voire méchants. Le cancer serait plus facile à supporter avec un peu d'empathie. Le cancer, c'est les autres. Chaque jour, chaque heure, chaque intervention il faut se battre contre le crabe qui vous ronge  mais surtout contre le sentiment d'abandon, la solitude, la peur de mourir qui vous étreint.

Vers qui se tourner si ce n'est vers la religion  quand la famille, les amies, les médecins vous abandonnent c'est triste de voir que si vous vivez ou mourrez cela n'inquiète personne : il  y en a même des inconnus qui vous souhaitent la mort quand vous leur dites que vous avez un sixième cancer "je souhaite que vous mourriez, m'a dit une cliente de supermarché quand je suis passée devant elle avec ma carte prioritaire. Je précise qu'elle avait un chariot plein et moi deux ou trois articles.  Les gens sont sans pitié, d'ailleurs certains vous disent : "si vraiment vous avez eu 6 cancers vous ne seriez pas vivante". Comme si, on pouvait imaginer de telles choses, feindre de telles maladies pour pouvoir nous asseoir. De plus en plus marcher me fatigue  et au bout de dix lettres, je cherche des yeux le banc ou le parapet où je pourrais m asseoir. Toute la journée, je combine des itinéraires où j'aurais très peu ou pas de marches à gravir.

Les paroles du Christ m'aident à supporter mes douleurs et mes craintes : ne convie t il pas les hommes qui souffrent physiquement ou moralement à se rapprocher de Lui. Hélas, je n'ai ni Sa patience, ni Sa résignation et je me bats intérieurement, je mets en colère. Je veux vivre, vivre par dessus tout même malade, sur un fauteuil roulant, même affligée d'un autre cancer ou d'une récidive. Rien ne vaut la vie. La vie éternelle promise par Jésus malgré ma foi' me semble difficile à appréhender. J'envie les saints, les chrétiens pleins de certitudes sur la vie éternelle qui les attend de l'autre côté !