violences conjugales et cancer

14 septembre 2017

violence conjugale jusqu'au meurtre ou assassinat

       Les faits divers se font l'écho d'assassinats sordides : conjoint ou concubin assassinant sa femme.

       Ainsi par exemple, un homme pourtant pompier de profession a imaginé un sordide assassinat par cupidité. Il s'en est pris à son ex femme qu'il voyait après leur divorce et même avait aidé lors d'une grave maladie de celle ci. C'était, toutefois, par duplicité et besoin d'argent car il s'était fait donner procuration sur les comptes de son ex femme et se serait généreusement. Quand son ex femme fut rétablie, elle se rendit compte des sommes prélevées par son ex mari et lui retira toutes les procurations. Que fit alors notre homme ? Il assassina son ex épouse, détruisit son cadavre et fit croire à la disparition de son ex. Pour donner plus de véracité à son récit, il imagina de tuer la meilleure amie de sa victime, femme qui ressemblait par sa morphologie à son ex femme. Il signala le vol de sa voiture, fit brûler la voiture et sa deuxième victime pour faire croire à un accident de son ex femme. Ainsi, cet homme tua deux personnes : deux femmes par cupidité, étouffant tous ses scrupules lui qui pourtant annonçait aux enquêteurs qu'il ne pourrait ôter la vie d'autrui étant un pompier !!!

        Un autre mari tua son épouse pour pouvoir fuir avec sa maîtresse et aussi pour n'avoir pas à partager son patrimoine comme cela aurait été le cas pour un divorce.

        Un garagiste imagina pour éviter de donner la moitié de son affaire à son épouse lors du divorce, de faire tuer celle ci par des hommes de main : en fait de vrais incompétents qui commirent gaffes sur gaffes ce qui entraîna le trio aux assises ! L' ambulancier et sa collègue qui pourtant travaillaient pour aider les autres, n'hésiteront pas à écraser la pauvre épouse : celle ci en réchappa mais elle est complétement handicapée et ressent l'impossible souffrance d'avoir failli être tuée par son mari et pour des motifs cupides. 

 


13 septembre 2017

les rapports entre violence conjugale et maladies graves /témoignage

    Bien que des avocats ou des juges limitent les effets des violences conjugales aux conséquences psychologiques, la violence conjugale peut créer des maladies graves comme le cancer, les maladies cardiaques... Par exemple, quand un mari donne un coup de poing au sein de sa femme, déjà atteinte par un cancer primaire à ce même sein : il est évident qu'il ne faut pas s'étonner si quelques années plus tard, elle aura une récidive de ce même sein ! 

Je me souviens du jugement lors de mon divorce pour faute de mon ex mari, la juge avait noté que les coups et les scènes violentes n'ont qu'un effet psychologique  pas sur la maladie. C'est faux : avec cinq certificats médicaux prouvant des séquelles visibles (bleus, marques de strangulation...) la simple coïncidence entre maladie et violence conjugale n'est plus de mise : il y a bien un lien de cause à effet !. Volontairement, d'ailleurs, mon ex mari a porté des coups aux endroits déjà fragilisés par le cancer (ablation de tumeur, lymphoedème...) Je me rappelle d'ailleurs que sans aucun mot, mon ex mari avait quitté la pièce et jamais n'avait prononcé la moindre excuse ! Plus grave, quand il m'avait serré le cou si fort qu'il aurait failli m'étrangler si je ne m'étais pas débattue, il avait osé me dire ensuite que c'était pour m'empêcher de parler  : cet aveu déguisé de son désir de me supprimer, car je lui faisais des reproches sur les preuves évidentes de son infidélité va de pair avec toutes les violences disproportionnées, sans aucune raison (comme taper la tête de sa femme sur le tableau de bord de sa voiture parce qu'il en avait assez de visiter les châteaux !) Mon ex mari m'a menacée de mort c'est difficile à prouver en justice (parole contre parole) mais ces menaces (comme par exemple "si tu dis que je t"ai frappée, je te ferai des ennuis au travail" ou "crève" ou le refus de m'aider (d'appeler un médecin) lors de mon empoisonnement) ont trouvé un écho dans mon corps qui a démontré par les trois cancers successifs aux deux premiers l'effet que la violence conjugale même si elle n'est pas quotidienne a sur le corps, l'esprit de la femme battue, l'enfer que je vivais.

Je supplie les femmes qui subissent la violence chez elles par leur conjoint, concubin, de ne pas hésiter comme moi avant de demander le divorce. Même si leur famille s'y oppose et leur prêche la patience, même si elles ont peur de se retrouver seule, d'avoir des difficultés financières, elles doivent penser qu'avec leur liberté, leur tranquillité, elles vivront mieux et même guériront des maladies qu'engendre la violence conjugale. Ne perdez pas de temps, engagez une procédure (un divorce pour faute à l'encontre du mari violent est une forme de reconnaissance : les amis, la famille de votre ex ne vous accusent plus de mentir, refusant de croire que l'ami aimable ou le fils gentil puissent frapper sa femme. En plus, vous serez apaisée de voir que votre mari qui niera jusqu'au bout sa violence ou vous reprochera des défauts imaginaires allant même comme mon ex a trouvé dans ma maladie (cancer ou/et dépression) ne sera pas cru par le juge. Bien que les dommages et intérêts ne soient pas importants, même symboliques, ils justifieront votre long combat pour faire reconnaître la vérité : votre mari vous frappait, vous trompait et mentait à tous.

Ensuite, pensez à vous. Certes vous serez tentée de haïr celui qui vous a pris vos plus belles années et surtout vos chances de bonheur (avoir un enfant, avoir une vie de couple heureuse, par exemple) si comme moi, malhaureusement vous avez attendu presque huit ans avant de gagner le divorce et d'être enfin libre ! Mais il vaut mieux effacer de votre vie jusqu'au souvenir de cet ex mari ! La plus grande vengeance que vous pouvez lui faire c'est d'être heureuse sans lui, de démontrer à vous même que contrairement à ce qu'il vous disait vous êtes capable de vivre seule, indépendante, que vous pouvez plaire à d'autres hommes, avoir des amis ou amies...i  

L 'impact de la violence conjugale sur les maladies psychosomatiques n'est plus à démontrer mais il y a aussi les maladies cardiaques qui favorisées par une violence répétée, des sentiments de crainte, de mal être pourront se développer, même plus tard. Voilà je sais que je vais mourir bientôt tellement  je me sens fatiguée : à cause des séquelles de mes cinq cancers, mes poumons , mon coeur est atteint et bientôt je ne pourrais vaquer à mes occupations les plus indispensables. Mon champ de déplacement se retrécit. Sur mon chemin, je m'arrête plusieurs fois pour me reposer, je marche lentement, j'ai du mal à gravir un escalier avec ce coeur qui bat la chamade mais je vis heureuse et libre ! Après moi, je laisserai ma fondation pour aider mes soeurs  qui ont connu ou connaissent comme moi la violence conjugale et veulent, doivent y échapper. Laisser une trace après soi est d'un grand réconfort !

09 septembre 2017

Une vengeance avec incipit et dénouement empruntés à L'Etranger de Camus

"Aujourd'hui, Maman est morte"

Je suis malheureuse, j'ai envie de mourir et je souhaite qu'une catastrophe naturelle (raz de marée, tremlblement de terre...) mette fin à mes jours car comment vivre sans ma mère, comment oublier le timbre de sa voix qui répondait au téléphone avec tant de sollicitude : "allo, j'écoute". Comment ne pas penserà chaque minute, à son affection chaleureuse et tendre ? Tout dans sa maison est empreint de sa présence : elle est partout : je la vois dans toutes les pièces. Mais c'est dans mon souvenir. Et le réel me saute au visage : c'est fini, fini. J'ai appris en une seconde après son décés le sens définitif du jamais plus. Pour elle si vivante, on emploie l'imparfait : elle disait, elle pensait. Et ma haine se porte sur son assassin : cet homme, mon beau père qui l'a lentement, inexorablement conduite à la mort par sa violence physique et verbale. Elle ne révélait rien, cachant les marques des coups. Mais j'avais surpris ses larmes essuyées à la dérobée. J'avais entendu  des disputes, des menaces de cet homme dont elle avait eu la faiblesse de croire les paroles d'amour et les promesses réitérées de ne plus recommencer ses scènes violentes.

Je sais, moi, que la mort de ma mère n'est pas accidentelle comme son veuf le prétend, que petit à petit ce monstre a tué ma mère. J'ai décidé de le dénoncer, sur son lit de mort, j'ai promis de la venger ! J'attends l'heure. J'ai déjà acheté un révolver. J'ai mon plan : comme il aime la chasse, je me posterai derrière un buisson et je l'abattrai comme un chien.

Et tant pis, si je suis condamnée : la prison me sera moins douloureuse que ce remords lancinant de n'avoir pas su dénoncer cet homme à temps, ce regret continuel de n'avoir pu ouvrir les yeux de ma mère sur cet homme, ivrogne à ses heures qui rentrait dans des rages folles pour rien : je ne savais pas qu'il la battait mais j'aurais dû deviner : maintenant il est trop tard ! Jamais je ne me pardonnerai.

Il ne doit pas avoir de pitié pour ces hommes meurtriers. Dans l'anéantissement de tout ce qui constituait la vie de ma mère et la mienne, je me sens morte aussi et si l'on m'exécute, tant pis ! Je penserai aux dernières lignes du roman de Camus L'Etranger :

"Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine" !

29 avril 2017

lettre d'une cancéreuse et ancienne femme battue à un prisonnier

 

Les prisons

 

La vraie liberté : c’est pouvoir toute chose sur soi”

                                                                                                 Montaigne III, 2 Les Essais

 

 

Cher Marc

Ayant bien reçu votre lettre, je vous remercie. Etant votre correspondante, je suis ravie que vous m’appelez par mon prénom : Maria ; il suffira pour nos échanges de nous appeler par nos prénoms ; croyez le bien, je comprends votre désarroi et votre tristesse à vous trouver enfermé !

Mais, sachez le, moi aussi, sans avoir été mise en prison après un procès, je suis emprisonnée par mon corps malade qui m'empêche de me déplacer à ma convenance. Après des cancers qui ont récidivé, la pose d'une valve cardiaque, je dois traîner une bouteille d'oxygène sur un petit chariot, donc c'est très difficile. C'est pour cela que j'ai voulu travailler en milieu carcéral pour rencontrer et aider des prisonniers. Toutefois, je n'ai pas voulu aider un homme meurtrier de sa femme soit parce qu'il l'aurait battue à mort, soit parce que il aurait commandité son assassinat. Il faut rappeler qu'en France une femme meurt tous les deux jours et demi des suites des violences conjugales. En effet, ayant moi même subi la violence conjugale dans mon couple, j’ai divorcé depuis bientôt vingt ans, avant de retrouver un autre compagnon. Une femme battue se sent enfermée dans cette prison sans barreaux que constitue son foyer. En effet, elle a peur de son mari et cherche tout le temps à cacher ses sentiments pour éviter des scènes violentes. Elle tourne dans chacune des pièces de la maison comme un prisonnier dans sa cellule, cherchant à éviter les violences conjugales, verbales ou physiques.

C'est si dur, également, de ne pas être soutenue par ses parents, l'entourage ! Parce que si vous dénoncez votre compagnon pour violences, vous liguez contre vous toute votre belle famille, les amis de votre conjoint ou même du couple qui ne vous aideront pas, ne voulant pas prendre parti ! Je ressens la solitude comme vous, qui m'écrivez dans votre première lettre que nul ne vous écrit. Comme le mentionnait Richard Coeur de Lion, au douzième siècle, “le prisonnier n’a plus ni ami ni parents”

 

 

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Je comprends aussi que toute votre famille, tous vos amis avant votre arrestation se sont détournés de vous. J'ai connu cela aussi pendant mon divorce car j'avais osé demander le divorce pour faute et j'ai été constamment découragée dans ma démarche par ceux qui auraient dû m'aider mais qui craignaient tant le qu'en dira t-on qu'ils préféraient me prêcher la résignation.

Vous voyez nos vies sont semblables. Vous pouvez compter sur moi pour vous épauler dans votre démarche de reprendre vos études. En effet, la prison peut être un temps qui vous sera profitable pour acquérir des connaissances et vous préparer à un métier qui vous rendra heureux. Certes, comme l'a montré Stendhal dans La Chartreuse de Parme et Le Rouge et le noir, enfermé, le jeune héros trouve l'amour qui lui apporte le bonheur même si paradoxalement il se trouve en prison. Je vous engage à lire, à emprunter des livres car comme l'a écrit Victor Hugo "les livres sont des amis froids et sûrs"

Voilà, j'ai été très touchée par votre lettre qui révèle votre soif d'apprendre, de combler votre solitude et je vous répondrai toujours.

Cordialement

Emilie

 

Emilie relut sa lettre et la cacheta. Elle, qui n'avait pas eu d'enfant en raison de ses cancers, se sentait prise d'une tendresse toute maternelle pour ce prisonnier, ce Marc qui aurait pu être son fils. Si elle avait choisi de se rendre utile en tant que correspondante de prison, c'est aussi pour donner un sens nouveau à sa vie. Maintenant à la retraite, elle avait pour but d'aider les autres ; d'abord elle avait milité dans des associations qui aidaient les femmes battues mais maintenant que son état de santé s'était aggravé, elle préférait écrire. Elle aurait pu être heureuse, entourée et vivre longtemps mais elle savait qu’elle allait mourir, bientôt. Pourtant à soixante ans elle voulait vivre encore plus fort qu’avant. Le décès de son second mari l’avait affectée mais elle savait qu’elle le rejoindrait bientôt dans le pays des ombres. Pour essayer de retenir le temps, Maria se replonge dans le passé, exhumant les souvenirs qui font revivre l'enfant pleine de promesses qu’elle avait été alors. On n'oublie jamais vraiment son enfance : Maria eut du bonheur auprès de ses parents et surtout de ses grands parents. Mais le cancer toucha sa grand mère : un cancer du pancréas, très grave avec très peu de chances de survie à l'époque. Maintenant Maria, elle même, est

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emprisonnée par la maladie, par les insuffisances de son corps et elle souffre trop de ne pouvoir gravir les côtes, les escaliers pour se rendre à des expositions. Même dans les musées, le plaisir qu’elle prenait depuis des années à contempler les oeuvres d'art s'amenuise à cause de la fatigue que la marche, la station debout imposent.

Qu'il est triste de se rendre compte que la fin est proche ! A Paris, "se divertir” au sens pascalien, c'est aussi échapper à sa condition d'homme mortel. On n'y pense pas, entraîné par le tourbillon incessant des spectacles, des manifestations artistiques. Même dans la rue, la vie éclate à chaque pas. Ainsi les inconnus que l'on croise dans Paris vous font ressentir la solitude plus légère. Certes, vous vivez seule, mais vous partagez avec tous les autres parisiens les préoccupations liées à l'arrivée d'un bus, à la météo, des horaires, des retards. Vous pouvez engager la conversation, pour demander l'heure et même parfois vous mettre en colère cela n'aura aucune incidence puisque des milliers de gens se côtoient.

Être malade seul, c'est se battre doublement contre la mort, la maladie mais sans les armes précieuses que sont le partage de ceux qui nous aiment de ce désir de vivre et leur soutien. On veut vivre pour soi bien sûr mais aussi pour eux, pour ne pas les quitter, ne pas les laisser seuls. Hugo a écrit dans Les Contemplations : “l’homme est une prison où l’âme reste libre” et si Maria transmettait à Marc cette philosophie de la vie : l’amour de l’art permet de se libérer, de faire tomber les barreaux imposés par la maladie, la société ! Elle se sentait responsible de ce jeune prisonnier !

Maria rédigea une seconde lettre à Marc :

Cher Marc

Ayant appris que vous lisiez beaucoup en prison et que vous reprenez vos études, je vous encourage à continuer. Oui, lire, c'est sortir de soi, de ses problèmes, épouser la vie du héros ou de l'héroïne, jusqu'à devenir autre. Le présent douloureux s'adoucit par la part de rêves qu’apporte au fil des pages la lecture. Les écrivains vous deviendront chers, comme des amis inconnus ! En fait, les pensées des auteurs trouvent un écho dans notre vie et résonnent dans notre mémoire comme les cercles de plus en plus grands que laissent les ricochets à la surface des eaux.

Nul texte ne doit vous rebuter dans votre soif d'apprendre : les dictionnaires, les manuels de philosophie, les essais aussi bien que les poèmes et les romans.

 

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Aimez vous la musique classique ? Cher Marc, voulez vous que je demande au directeur de vous prêter un lecteur de cd ? Puis je vous faire partager mon expérience ? La musique classique me permet de voyager sans me déplacer maintenant que la fatigue est trop forte pour me permettre de prendre le métro, les transports en commun. Rêver sur les notes de musique m’aide à oublier la douleur que ressent mon corps, prison de mon âme qui voudrait goûter l'Art (expositions, musées...) mais qui ne le peut plus. Comme une mer intérieure, la musique classique me submerge et les grands compositeurs que j'aime tant sont pour moi ces magiciens du rêve. Oui, Mozart, Vivaldi, Chopin et tant d'autres à des époques différentes de la mienne, éloignés de moi par leur nationalité, l leur vie me permettent de retrouver l'espoir dans mon quotidien. Ma chambre, mon salon s'ouvrent et s'illuminent ; les murs disparaissent. J'attends au début d'un concert, la minute si précieuse où le chef d'orchestre fait un signal à tous les instruments qui sont prêts et doucement la musique s'élève, le bonheur d'écouter commence avec la faculté de se laisser porter par cet océan de notes, communiquant avec l'âme profonde et insondable des compositeurs. La musique classique, l'opéra, surtout baroque vous permettront, comme pour moi, de voyager et de retrouver ce qui est informulé en vous : liberté intérieure, apaisement...

Avec la musique, je suis dans les nuages, portée par la mélodie et je retrouve mes souvenirs qui se présentent comme autant d'étapes de ce voyage mystérieux qui me permet de renouer avec ceux qui ne sont plus (par exemple mon second mari décédé, comme vous l’avez appris) je retrouve l'espace et le temps où j'ai été heureuse. La musique me parle : un concerto de Mozart me dira qu'il faut toujours espérer et me projettera dans un avenir plus riant où la guérison totale deviendra possible. Une valse de Chopin m'incitera à me déplacer dans un pays étranger, la Pologne où il est né ou l'Espagne où il est allé avec George Sand. Avec le Boléro de Ravel, me voilà partie pour le pays basque. Dvorak me transporte dans l'Europe centrale et je revois Prague que j'ai tant aimé...

Pour vous aussi, les images du passé sembleront se soulever à chaque note de musique comme un caillou jeté sur un lac forme des ricochets, ainsi la musique classique multiplie en cercles concentriques, les évocations de paysages, d'images. Vous vous évaderez en pensée de votre cellule : si votre corps est en prison, votre âme peut rester libre ! Vous pouvez profiter de votre incarcération pour croire et préparer un avenir meilleur.

Voilà, cher Marc, n’hésitez pas à m’écrire souvent : je me fais du souci pour vous et je voudrais tant vous aider. Prenez courage ! Affectueusement.

Votre correspondante Maria

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A quelque temps de l’envoi de cette lettre, Maria reçut une missive de Marc !

Il lui écrivait sur un papier froissé, d’une écriture mal assurée avec beaucoup de fautes d’orthographe mais les mots remplirent le coeur de Maria d’émotion :

Chère Maria,

Merci pour ta lettre. Grâce à toi, je me sens libre dans ma cellule. La musique classique, les livres, comme mes études que j’ai reprises malgré mon échec précédent me sont d’un grand secours. Inutile pour moi de m‘évader physiquement, c’est mon esprit, mon coeur qui sont hors des barreaux. Tout ce que tu m’as appris dans tes lettres me sera toujours utile. Je t’aime comme un fils et je te souhaite une meilleure santé car j’ai appris que tu ne vas pas très bien.

Affectueusement;

Marc

 

 

Ainsi la vie de Maria n’avait elle pas été inutile : quelqu’un se souviendrait toujours d’elle et elle avait pu transmettre ses passions pour l’art, sa philosophie de la vie.
Après sa mort, Marc fut très affecté, se rendit sur sa tombe à plusieurs reprises et surtout pensa à elle très souvent : dans son coeur, elle était toujours vivante !

 

 

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19 avril 2017

fiction / légitime violence

 Chapitre 1 

 

 

L’impact des gouttes sur le métal résonnait en elle comme un glas, du plafond tombait de l’eau de pluie dans un récipient en alu et ce bruit sinistre renforçait l’horreur de la scène : des coulées rouges avaient ruisselé sur le cadavre puis sur le parquet. Un couteau posé en travers de la poitrine et serré par la main du mort : il s’était sûrement suicidé.

A ses pieds, la jeune commissaire Leclerc considérait ce mort un peu chauve, un peu bedonnant, tout à fait ordinaire, habillé simplement, sans recherche !

D’un ton froid, Marie donna des ordres précis : sécurisez la scène, appelez le légiste, cherchez des indices dans la maison!

Le légiste arriva, hautain, serré dans sa cravate, portant une blouse blanche, des gants pour examiner le défunt.

- Certes, le décès remontait à dix huit heures, un coup de couteau en plein coeur, l’arme du crime porte les empreintes du mort , apparemment ce sont les seules ! Vous recevrez mon rapport dans la journée.

Monsieur Grandin, doctement, tourna les talons, rentra chez lui, conscient de son importance et un peu méprisant envers la commissaire comme s’il la trouvait trop jeune pour mener l’enquête.

Celle ci ne manqua pas de remarquer la pauvreté de ce logis. Un pavillon de banlieue assombri perpétuellement par le haut mur qui entourait le jardin, les fenêtres étroites, le papier peint décollé en partie sous l’effet de l’humidité : la maison était presque insalubre, on y respirait un air vicié, le soleil n’y rentrait jamais, il fallait éclairer constamment toutes les pièces ; certains ampoules ne fonctionnaient plus et n’avaient pas été remplacées. Une misère soigneusement dissimulée par le portail vert du jardin dans ce quartier d’une banlieue modeste mais pas indigente prenait à la gorge dans les pièces sans meubles à part la table et les chaises : des caisses en bois qui avaient contenu des vins seraient d’étagères dans les chambres aménagées sous le toit et elles avaient été déplacées, renversées . Il fallait gravir, pour y accéder, un escalier en bois aux marches branlantes et surtout baisser la tête. Un matelas jeté à même le sol servait de lit et dans ces deux soupentes, une odeur de relent d’alcool vous prenait à la gorge.

Une latte du parquet avait été dépacée et mal remise : l’inspecteur Tardieu découvrit une cache sombre qui aurait pu contenir de l’argent ou des bijoux.

En rentrant chez lui, le mort aurait pu surprendre des cambrioleurs, une bagarre s’en était suivie, à moins que le crime fut délibéré, et l’homme avait reçu un coup de couteau en plein coeur !

- Tardieu, demanda Marie, allez vous renseigner chez les voisins : qui est ce mort, vivait il seul ? Que faisait-il ? Avait il des raisons d’attenter à ces jours ?

Vingt minutes après, Tardieu revint muni de précieux renseignements des riverains : l’homme qui était mort s ‘appelait Patrick Tournier ; il avait été représentant en vins fins mais maintenant il ne travaillait plus (chômage, sans doute!) ; il était sujet à de violentes colères et les habitants du quartier le craignaient, ses voisins les plus proches avaient même déposé une plainte pour tapage nocturne contre cet homme dont les éclats de voix les dérangeaient périodiquement . Mais il vivait seul, on ne voyait personne chez lui, il ne recevait pas.

 

Chapitre 2 

 

Marie orienta ses recherches sur le vol maquillé en suicide. Mais quels cambrioleurs auraient pu s’intéresser à une maison si sordide d’aspect ? Certes, les petites frappes de ces banlieues défavorisées auraient pu par volonté de mal faire s’attaquer à cette villa modeste ! Les investigations avaient permis de vérifier que le couple Tournier ne détenait de chéquier, de carte bleue : Tournier payait ses dépenses en liquide : est ce qu’une grosse somme d’argent avait pu être dérobée ? A moins que ce Patrick Tournier (inconnu dans les services de police) ait été visé par vengeance, représailles par ces bandes de jeunes prêtes à tout pour se faire craindre des citoyens !

Marie se fit ramener des archives les fiches sur les délits de cambriolage qui avaient été commis dans le périmêtre de la banlieue sud proche de Villejuif : elle sélectionna trois ou cinq photos et ordonna à son inspecteur de repartir voir les voisins, les riverains de feu Patrick Tournier pour leur de reconnaître les visages de ces suspects . Emmenés au commissariat pour y être interrogés, les jeunes délinquants donnèrent tous des alibis plausibles. Ils furent vérifiés et confirmés par la suite. Après plusieurs mois de vaines recherches, le parquet classa l’affaire !

 

 

Chapitre 3

 

 

Dans le train de nuit qui l’emmenait en Italie, Claire fuyait dès qu’elle avait compris que cet homme était mort. Cet homme avait été pourtant son mari ! Elle n’avait pas voulu cela pourtant, s’il ne s’était pas précipité sur elle, s’emparant d’un couteau de cuisine sur la table, elle n’aurait rien fait, se contentant de se cacher.  Combien de fois s’était elle réfugiée sous la table, derrière l’escalier sous une couverture, sous le matelas, pour fuir. Tant de soirs, elle avait tremblé quand elle avait entendu grincer la porte du jardin avant qu’il ne surgisse toujours en colère, souvent saoul. Une angoisse l’étreignait alors comme une main de fer. Elle n’osait plus bouger, plus parler, plus vivre, enfin ! Elle avait peur quasiment tous les jours, si ce n’était pas des coups, des gifles, c’étaient des reproches, des insultes, et après sans une excuse, comme si de rien n’était, il lui imposait des relations sexuelles qu’elle subissait comme une morte. Morte, elle l’avait été jusqu’à nier la jeune fille courageuse, volontaire, combative qu’elle avait été, avant de le connaître.

Comme ce rapide qui l’emportait hors de France, elle se remémorait son passé, elle qui ne reconnaîssait pas ce visage ridé, aux cheveux rares et blanchis quand une lumière crue éclairait le miroir posé devant elle entre les photographies de ces beaux pays ensoleillés où elle n’était jamais allée !

Le pire, c’est qu’elle l’avait aimé cet homme qui lui avait volé sa jeunesse, qui avait détruit sa vie. Encore, maintenant qu’en se défendant, elle l’avait tué, le laissant dans l’odieux pavillon, prenant tout l’argent qu’elle avait trouvé dans la cachette qu’il ne lui avait jamais montrée mais qu’elle avait trouvé seule en balayant le parquet : un planche basculait et masquait une cache où elle l’avait vu à plusieurs reprises entassant ses billets ; jamais, il n’aurait partagé  Nul ne la connaissait dans le quartier car par méfiance, son mari ne la laissait pas sortir même pour faire les courses, et elle avait un handicap physique qui l’empêchat de marcher à cause de son pied bot. Elle avait reporté toute sa soif d’amour vers cet homme, cherchant à compenser une enfance solitaire, une adolescence triste. Quand elle l’avait épousé, elle avait cru au grand amour mais très vite, les premières années de bonheur avaient été remplacées par des jours de crainte, peur de sa violence verbale et physique mais aussi peur de se retrouver seule si elle le quittait : sans parents, sans amis, sans enfant !

Le train s’engouffra dans un tunnel et dans le noir, son coeur se serra. Maintenant, c’était l’angoisse qu’on la retrouve, qu’on la jette en prison mais elle avait vécu si longtemps dans cette prison sans barreaux, ce pavillon lugubre où dans aucune des pièces, elle ne s| était senti libre car il pouvait surgir à l’improviste. La peur des scènes, des gifles l’avait habituée à considérer qu’une toute petite cellule vaudrait mieux si elle était en sécurité. Sûrement dans ces prisons, elle retrouverait des femmes, comme elle, qui avait tué leur bourreau car elle savait bien que ses sœurs inconnues subissaient en France, comme elle, la violence conjugale (et une en mourrait tous les deux jours et demi) ! Mourir ou se révolter en se défendant en état de légitime violence, il n’y avait pas d’autre issue !


01 avril 2017

violence conjugale et justice

 DEUX FEMMES

 

Chapitre 1 : Marie

 

 

L’impact des gouttes sur le métal résonnait en elle comme un glas, elle regardait les coulées rouges ruisseler sur le cadavre puis sur le parquet. Un couteau posé en travers de la poitrine et serré par la main du mort. Marie soupira : « Bizarre, tout cela sentait la mise en scène ! »

Voici sa première enquête criminelle et elle commençait mal ! Marie Leclerc avait toujours travaillé, se hissant petit à petit au poste de commissaire. Comme elle avait trouvé des embûches sur sa route ! Des collègues hommes, jaloux de sa réussite, ne se soumettaient pas à ses directives.  Certains, même, l’avaient insidieusement menacée de dénonciation calomnieuse auprès de ses supérieurs, comme du juge d’instruction.

Parallèlement à ses problèmes au commissariat, Marie avait connu, ses derniers temps, des déboires dans sa vie sentimentale. Son compagnon, qui n’avait pas réussi à gravir les échelons, l’avait quittée par dépit pour une fille plus jeune, plus jolie mais surtout plus soumise à son rôle de femme au foyer, d’amoureuse sans ambition. A ses pieds, la jeune commissaire Leclerc voyait étalé ses échecs sentimentaux, ses difficultés professionnelles sous l’apparence de ce mort un peu chauve, un peu bedonnant, tout à fait ordinaire, habillé simplement, sans recherche : mort chez lui, suicide ? Peu probable, si on considérait la maison mise à sac, la table renversée, les papiers gisant le sol, les chaises bousculées. Oui, le mort avait été surpris par des cambrioleurs, une bagarre s’en était suivie, à moins que le crime fut délibéré, et l’homme avait reçu un coup de couteau en plein coeur !

S’arrachant à ses réflexions, Marie donna des ordres précis, d’un ton froid, comme il convient à une débutante qui ne voulait montrer aucune émotion devant ses subordonnés qui se seraient moqué de la moindre sensibilité envers une scène de violence et de mort :

- Sécurisez la scène de crime, appelez le légiste, inventoriez ce qui manque, renseignez vous auprès des voisins (ont-ils vu ou entendu quelque chose de suspect ? Connaissaient ils bien le mort ? …)

Le légiste arriva, hautain, serré dans sa cravate, portant une blouse blanche, des gants pour examiner le défunt.

- Certes, la mort remontait à dix huit heures, un coup de couteau, l’arme du crime a été abandonnée  sur place !Vous recevrez mon rapport dans la journée.

Monsieur Grandin, doctement, tourna les talons, rentra chez lui, conscient de son importance et un peu méprisant envers la commissaire Leclerc, comme s’il la trouvait trop jeune, trop inexpérimentée pour mener l’enquête !

Marie, malgré le désordre des objets éparpillés sur le sol, ne manqua pas de remarquer la pauvreté de ce logis. Un pavillon de banlieue assombri perpétuellement par le haut mur qui entourait le jardin, les fenêtres étroites, le papier peint décollé en partie sous l’effet de l’humidité : la maison était presque insalubre, on y respirait un air vicié, le soleil n’y rentrait jamais, il fallait éclairer constamment toutes les pièces ; certains ampoules ne fonctionnaient plus et n’avaient pas été remplacées. Une misère soigneusement dissimulée par le portail vert du jardin dans ce quartier d’une banlieue modeste mais pas indigente prenait à la gorge dans les pièces sans meubles à part la table et les chaises : des caisses en bois qui avaient contenu des vins seraient d’étagères dans les chambres aménagées sous le toit et elles avaient été déplacées, renversées . Il fallait gravir, pour y accéder, un escalier en bois aux marches branlantes et surtout baisser la tête. Un matelas jeté à même le sol servait de lit et dans ces deux soupentes, une odeur de relent d’alcool vous prenait à la gorge.

Qu’avaient ils pu bien chercher ces supposés cambrioleurs dans une maison aussi pauvre ? Du toit, tombaient des gouttes de pluie dans un récipient en fer et ce bruit métallique l’avait interpellé dès son arrivée dans la villa ! Les enquêteurs revinrent munis de précieux renseignements des voisins : l’homme qui était mort s ‘appelait Patrick Tournier ; il avait été représentant en vins fins mais maintenant il ne travaillait plus (chomage, sans doute!) ; il était sujet à de violentes colères et  les habitants du quartier le craignaient, ses voisins les plus proches avaient même déposé une plainte pour tapage nocturne contre cet homme dont les éclats de voix les dérangeaient périodiquement ; à leur avis, il ne vivait pas seul, mais sa compagne ne parlait à personne, et filait comme une souris grise, tête basse, pour aller faire ses courses. Toujours de noir ou de sombre vêtue, elle traversait la rue avec une promptitude si grande que pas un des voisins ou voisines n’avaient réussi à entamer une conversation avec elle.  A peine si elle leur fait un geste de la main au loin, comme si elle craignait qu’on la dévisage ;

- Et où elle était cette femme ? demanda la commissaire

- nul ne l’a vue depuis une semaine ! Répondit l’inspecteur Bravel

- il faut me la rechercher d’urgence : elle est témoin, sûrement ! Si elle n’est pas suspecte !

Il est vrai, pensa Marie, que pour viser parfaitement au coeur et surtout avec un couteau de cuisine, ce n’est pas cette femme frêle, d’après les descriptions des voisins, qui aurait pu y parvenir !

Toute l’équipe revint au commissariat pendant qu’un fourgon emmenait le cadavre à la morgue pour l’autopsie.

Marie épingla les photos du cadavre, de la maison, de la scène de crime sur son tableau en liège ; mais il manquait la photo de cette femme. Qui était elle,  où se trouvait elle, les cambrioleurs l’avaient ils enlevée ou plus simplement l’avaient tellement effrayée qu’elle avait fui de peur de représailles ?
Mais quels cambrioleurs auraient pu s’intéresser à une maison si sordide d’aspect ? Certes, les petites frappes de ces banlieues défavorisées auraient pu par volonté de mal faire s’attaquer à cette villa modeste ! Les investigations avaient permis de vérifier que le couple Tournier ne détenait de chéquier, de carte bleue : Tournier payait ses dépenses en liquide : est ce qu’une grosse somme d’argent avait pu être dérobée ? A moins que ce Patrick Tournier (inconnu dans les services de police) ait été visé par vengeance, représailles par ces bandes de jeunes prêtes à tout pour se faire craindre des citoyens !

Marie se fit ramener des archives les fiches sur les délits de cambriolage qui avaient été commis dans le périmêtre de la banlieue sud proche de Villejuif : elle sélectionna trois ou cinq photos et demanda à son inspecteur de repartir voir les voisins, les riverains de feu Patrick Tournier pour leur demander de reconnaître les visages de ces suspects ; personne ne les reconnut. Emmenés au commissariat pour y être interrogés, les jeunes délinquants donnèrent tous des alibis plausibles. Ils furent vérifiés et confirmés par la suite.
Les jours passaient et l’enquête piétinait. Mais en consultant le registre des mains courantes, Marie constata qu’une certaine Claire Tournier avait déclaré que son époux la maltraitait, à plusieurs reprises durant les dix années précédentes ; avait elle porté plainte contre lui pour violence conjugale ? Non !

Elle convoqua immédiatement les deux agents qui avaient signé sur le registre des mains courantes :

- Pourquoi ne lui avez vous pas conseillé de porter plainte contre son mari ?

La réponse fusa : - nous lui avons suggéré de divorcer et de partir mais elle avait peur de quitter le domicile conjugal !

- il fallait lui transmettre le nom des associations susceptibles de l’aider, de l’héberger 

Les deux hommes baissaient la tête penauds, le plus grand repensa qu’il avait reçu Claire Tournier en lui déclarant abruptement que les femmes aussi frappaient leur conjoint et que son mari pouvait se retourner contre elle et l’accuser de diffamation.

La pauvre femme avait présenté cinq attestations médicales débutant par ces mots «  je soussigné, docteur X déclare avoir reçu dans mon cabinet, une femme disant s’appeler Claire Tournier et ayant déclaré que son mari Patrick Tournier l’avait frappée » sur l’une, suivait la formule « j’ai pu constater des ecchymoses », sur l’autre étaient mentionnées des griffures, sur la troisième « des marques rouges autour du cou pouvant évoquer une tentative de strangulation », la quatrième constatait un bleu au sein, enfin la cinquième, parlait du traumatisme moral subi (pleurs, angoisses) mais sans donner d’explications ; le corps médical cherchant à se protéger contre toute suite défavorable pour eux, les policiers cherchant à ne pas se compliquer la tâche tout concourrait à faire de la victime, la femme battue, une suspecte de mensonge ou tout au moins une femme soumise qui n’avait pas assez de cran pour partir !!!

Marie conçut, dès lors, pour Claire une sympathie grandissante. Elle résolut de l’aider, d’abord, en la retrouvant si elle était partie subitement, elle était en danger !

 

 

 

Chapitre 2 : Claire

 

 

 

 

     Dans le train de nuit qui l’emmenait en Italie, à Venise, une ville qu’elle avait toujours rêvé de visiter, Claire songeait à sa fuite dès qu’elle avait compris que cet homme était mort. Cet homme, qui avait été pourtant son mari ! Elle n’avait pas voulu cela pourtant, s’il ne s’était pas précipité sur elle, s’emparant d’un couteau de cuisine sur la table, elle n’aurait rien fait, se contentant de se cacher.  Combien de fois s’était elle réfugiée sous la table, derrière l’escalier sous une couverture, sous le matelas, pour fuir. Tant de soirs, elle avait tremblé quand elle avait entendu grincer la porte du jardin avant qu’il ne surgisse toujours en colère, souvent saoul. Une angoisse l’étreignait alors comme une main de fer. Elle n’osait plus bouger, plus parler, plus vivre, enfin ! Elle avait peur quasiment tous les jours, si ce n’était pas des coups, des gifles, c’étaient des reproches, des insultes, et après sans une excuse, comme si de rien n’était, il lui imposait des relations sexuelles qu’elle subissait comme une morte. Morte, elle l’avait été jusqu’à nier la jeune fille courageuse, volontaire, combative qu’elle avait été, avant de le connaître, avant de l’aimer, avant de l’épouser.

     Comme ce rapide l’emportait hors de France, elle se remémorait son passé, elle qui ne reconnaîssait pas ce visage ridé, aux cheveux rares et blanchis quand une lumière crue éclairait le miroir posé devant elle entre les photographies de ces beaux pays ensoleillés où elle n’irait jamais !

      Le pire, c’est qu’elle l’avait aimé cet homme qui lui avait volé sa jeunesse, qui avait détruit sa vie. Encore, maintenant qu’en se défendant, elle l’avait tué, le laissant dans l’odieux pavillon, prenant tout l’argent qu’elle avait trouvé dans la cachette qu’il ne lui avait jamais montrée mais qu’elle avait trouvé seule en balayant le parquet : un planche basculait et masquait une cache où elle l’avait vu à plusieurs reprises entassant ses billets ; jamais, il n’aurait partagé, lui délivrant parcimonieusement un billet pour les courses et encore lui recommandant d’acheter au moins cher, contrôlant même le ticket de caisse pour se faire rendre la monnaie.  Elle repensait au prince charmant qui l’avait séduite. Comme elle l’avait trouvé beau avec ses yeux bleus (un morceau de ciel dans ce regard posé sur elle et sur les choses, avait elle pensé au début !), sa silhouette élégante, comme elle l’avait aimé lors de leur première rencontre dans un jardin public au centre de Paris. Et elle avait reporté toute sa soif d’amour vers cet homme, cherchant à compenser une enfance solitaire, une adolescence triste. Quand elle l’avait épousé, elle avait cru au grand amour mais très vite, les premières années de bonheur avaient été remplacées par des jours de crainte, peur de sa violence verbale et physique mais aussi peur de se retrouver seule si elle le quittait : sans parents, sans amis, sans enfant !

        Le train s’engouffra dans un tunnel et dans le noir, son coeur se serra. Maintenant, c’était l’angoisse qu’on la retrouve, qu’on la jette en prison mais elle avait vécu si longtemps dans cette prison sans barreaux, ce pavillon lugubre où dans aucune des pièces, elle ne s| était senti libre car il pouvait surgir à l’improviste. La peur des scènes, des gifles l’avait habituée à considérer qu’une toute petite cellule vaudrait mieux si elle était en sécurité. Sûrement dans ces prisons, elle retrouverait des femmes, comme elle, qui avait tué leur bourreau car elle savait bien que ses sœurs inconnues subissaient en France, comme elle, la violence conjugale (et une en mourrait tous les deux jours et demi) ! Mourir ou se révolter en se défendant en état de légitime violence, il n’y avait pas d’autre issue !

 

                                                                                  EPILOGUE

        Claire ne rentra pas de Venise : elle avait commencé une autre vie, plus heureuse ; Marie, se sentant coupable pour la police qui n'avait pas aidé la femme battue quand elle était venue cinq fois au commissariat, avait décrété que l'affaire resterait non résolue : la victime était la plus coupable et avait bien cherché ce qui lui était arrivé  : peut être l'hypothèse du suicide permettrait de trouver une explication plausible !!! 

 

 

 

 

 

 

04 mars 2017

Tourments d'une femme battue : la journée du 8 mars pourra t elle l'aider ?

   Un jour, qu'il faisait nuit, comme d'habitude, elle ressentait la pression d'attendre dans la crainte cet homme qui partageait sa vie, mais qui lui était devenu totalement étranger, voire ennemi. Elle se demandait à quoi bon une existence comme la sienne, où dans cette prison sans barreaux, elle travertissait sans cesse la réalité face aux autres. Elle se mentait à elle même en fait. Quand elle regardait par la fenêtre, la ville, qu'elle aimait jadis, lui paraissait hostile, ville lumière remplie de ténèbres, de noirceurs, de doute, capitale où la solitude est encore plus forte au milieu de visages peu amènes ou du moins indifférents, elle ne pouvait rien dévoiler de l'enfer domestique qu'elle vivait : la peur des scènes, la crainte des coups, la longue et obstinée négation de la jeune fille courageuse, de la jeune femme fière et indépendante qu'elle avait été.  

   Dans le visage vieillI que le miroir lui renvoyait, elle ne se reconnaissait plus. Elle voulait sans cesse fuir, elle remettait toujours à demain son départ. Caché sous son lit, un sac avec ses papiers les plus importants, les affaires indispensables attendait là depuis des mois. Mais si toute sa journée, elle était anxieusement concentrée sur ces minutes qui seraient pour elle, un avant goût de la liberté, la force physique, la détermination lui manquait ! Quand elle se déciderait, ce serait trop tard !.

La journée du 8 mars permettra sans doute aux femmes battues et indécises de se décider !

La fête des femmes n'est pas un vain mot : toutes les femmes persécutées, méprisées doivent pouvoir chercher du secours et bénéficier d'aides financières et morales. Sur la scène internationale, des jeunes filles sont écartées de l'éducation, d'autres sont mariées de force. Tant de femmes subissent la violence conjugale . Tant de viols impunis ( fait divers récent un violeur emprisonné après ses forfaits a été relâché par erreur, d'autres violeurs après leur condamnation et leur peine sont autorisés à revenir dans le quartier où sa victime réside). Les chroniques criminelles diffusées sur la télévision nous apprennent que les hommes bien souvent tuent leurs épouses soit pour vivre avec une autre femme, soit pour éviter de partager les biens communs lors d'un divorce. Quand la femme sera défendue avec plus d'énergie ? Il faut espérer que les journées de la femme feront progresser la condition féminine (et pas seulement la représentation des femmes sur le plan politique ou pour l'égalité des salaires, causes justes mais qui n'ont pas la gravité des atteintes physiques er des crimes faits aux femmes par leur propre conjoint ou compagnon !)

14 janvier 2017

Libération de MME SAUVAGE

ENFIN, ELLE A ÉTÉ LIBÉRÉE !!! Enfin, une innocente victime de la violence conjugale a pu sortir de prison alors qu'on lui promettait 10 ans de réclusion et qu'une incompréhensible décision du président lui accordait une grâce partielle : comme si une grâce pouvait être partielle ! Quel combat que les femmes des associations, les filles de l'accusée et ses avocates ont dû mener pour cette grâce totale et la parfaite libération de Mme Sauvage !

Il est fou de lire le compte rendu des entretiens des filles (trois) où celles ci décrivent avec compassion pour leur mère l'enfer que celle ci a vécu ; également les filles du couple ont subi des violences sexuelles puisque leur père allait dans leur lit contre leur volonté à l'adolescence ! C'est criminel et le pire c'est d'apprendre qu' une des filles ayant fugué, les gendarmes au lieu de la croire quand elle faisait état des incestes que le père commettait sur elle et ses soeurs, lui ont donné une gifle et l'ont remise au père venu la chercher ! Qu'il est dur aussi de lire que les filles du couple, mamans à leur tour d'une adolescente craignaient de voir leur père continuer sur leur fille (donc la petite fille de ce père dénaturé) les abus sexuels qu'elles avaient connus dans leur jeunesse ; ET UN DES JUGES (UNE FEMME QUI PLUS EST) avait demandé à la fille du couple de bien préciser dates des abus sexuels dont elle faisait état et dont elle accusait leur père ! COMME SI DES FAITS SI DOUOUREUX ET RÉPÉTITIFS POUVAIENT ÊTRE NOTÉS ET PROUVES SANS L'HEURE !!!

Voilà la société actuelle qui suspecte une femme ou une fille qui révèle des violences sexuelles ou conjugales : beaucoup de responsables de la justice ou de la police ne la croit pas ! Elle subit donc une double peine : victime de violences physiques et ou sexuelles mais aussi accusée de mensonge; LES FILLES DE MME SAUVAGE ONT BIEN EXPOSE ce douloureux problème ! Et à un moment les juges avaient reproché à Mme Sauvage de n'avoir rien fait, de n'avoir pas prévenu les autorités !!! Comment ne pas condamner cette société où les voisins savent et ne disent rien tout en souhaitant le décés de cet homme, le mari de mme Sauvage qui leur faisait peur !!!

Dans le Loiret, en France, pays se proclament depuis 1789 le pays des droits de l'homme, la parole de la femme battue, humiliée, terrorisée par son mari n'est pas crue, n'est pas prise au sérieux et quand il arrive un drame, on juge la victime de violences et non son conjoint qui lui a fait vivre l'enfer depuis des années !

Voyez les journaux sur le sujet : pendant une semaine, ils ont bien exposé ce problème mais après les fêtes tout est oublié : à quand une nouvelle tragédie 

11 novembre 2016

Violence conjugale

Trajet en RER

Dans ce RER B où elle est montée en gare de Sceaux, Sarah s'est installée dans le sens de la marche avec un bon roman mais elle délaisse sa lecture. Elle observe dans le compartiment à côté une famille, père, mère, deux enfants, tous habillés comme pour une noce. Grave et imbu de lui même, le pater familial lit le journal du soir qu'il tient déplié. Il porte un complet veston gris. A côté de lui, un petit garçon de dix ans aux taches de rousseur, à la tignasse hirsute qu'on avait tenté en vain de discipliner, l'observe de guingois. A la station Laplace, tout d'un coup, l'enfant se lève et lance son poing dans le journal pour que les feuilles imprimées volent en éclats.
La mère, une blonde décolorée en tailleur bleu a une joue plus rouge que l'autre, elle gronde son fils qu'elle appelle Paul "Paul, arrête regarde plutôt le paysage !" Mais le garnement n'en a que faire. Il demande un peu d'attention. Sa soeur, une adolescente rigide, copie conforme de son père, manifeste sa désapprobation. Tout d'un coup, la révolte de Paul entraîne les réprimandes du père, de la mère et de sa soeur Isabelle "alors, n'en as tu pas assez de te conduire ainsi. Tu es la honte de la famille". Le RER B arrive à la station Chatelet Les Halles, l'enfant se met à pleurer. Sa petite farce s'est muée en tragédie familiale.
Sarah pose son livre devenu inutile, elle imagine leur vie dans un de ces pavillons moroses en brique, ceints de hauts murs. Le père est probablement un employé de bureau modèle. Il aime l'exactitude, l'ordre et déteste la fantaisie. Sa femme qu'il nomme Sylvaine entre les arrêts Chatelet et Gare du Nord, s'attache à lui complaire en tout. Elle cuisine, tient bien son ménage, ses comptes. Elle a appris à se taire, à feindre dans cette guerre muette qui l'oppose à son mari. Elle rêve d'un ailleurs, d'un autre homme dans sa vie. Elle redoute tellement les disputes qu'elle n'a pas répliqué quand il l'a frappée ce matin pour une banale histoire histoire d'un plat trop cuit. Elle voudrait fuir mais elle ne le peut pas à cause des enfants, du qu'en dira t on ! Elle n'a pas de travail, elle est chômage depuis longtemps.
Comment ferait elle pour élever ses enfants sans situation, sans appui ? Sarah les regarde descendre à l'arrêt aéroport Charles de Gaulle et elle aimerait que la femme ait le courage de partir avec ses enfants sous d'autres cieux, dans une autre région où elle pourrait vivre sans crainte de la violence conjugale.
Quelques jours après, Sarah apprit au journal télévisé qu'une femme battue avait tué son mari en état de légitime défense en banlieue parisienne aux environs de l'aéroport Charles de Gaulle.

Posté par marieandre646 à 17:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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22 décembre 2015

violences conjugales et télévision

Depuis quelques mois, on observe une recrudescence des émissions ou documentaires sur les violences conjugales. Sujet tabou, il y a quelques années, les femmes battues prennent de plus en plus la parole, puisque dire avec des mots sa souffrance c'est déjà un premier pas vers une prise de conscience pour soi même, d'abord, mais aussi pour l'entourage et plus généralement pour la société.

Un émouvant documentaire, tard le soir, d'après un film produit par l'actrice Mireille Darc, qui a vécu avec Alain Delon, nous a dépeint le portrait attachant de femmes à la rue. Oui, les femmes qui vivent et meurent dans le froid, dans l'angoisse de ne pas trouver d'endroit pour dormir, sont nombreuses. Loin de l'image stéréotypée de la clocharde qui se saoûle ou mendie sans effort, les femmes interrogées ont montré leur dignité. Que cherchaient elles ? un toit, un travail, retrouver leurs enfants qui avaient été mis à la dass. Elles avaient perdu leur travail, leur logement non par paresse mais à cause des maux de la société actuelle : chômage, endettement et aussi pour certaines violences conjugales. Quel courage faut il à ces femmes qui fuient un conjoint, un concubin violent pour se retrouver dehors sans toit ? Déjà le film d'Agnès Varda, "Sans toit, ni loi" il y a quelques années, nous a montré grâce au talent de Sandrine Bonnaire, la figure d'une femme livrée au froid, à la peur devant l'insécurité, la violence, le viol jusqu'à sa fin dans un champ car il s'agisait de l'errance solitaire dans la campagne. Dans nos grandes villes nous côtoyons ces femmes courageuses qui se battent pour préserver leur vie, leur sécurité. Par exemple une femme interrogée a bien dit qu'elle cherchait à dormir dans un endroit calme pour ne pas risquer d'être violée, une autre a dit qu'elle fuyait les batailles et les violences que les hommes livrés à eux mêmes dans la rue pourraient lui faire. Hélas, plutôt qiue de trouver un appui chez les sdf masculins qui partagent leur galère, les femmes doivent se défier de leurs frères de misère. Comme Karl Marx avait raison d'écrire : "la femme est le prolétaire de l'homme".

Face à l'hostilité des bien pensants, des hommes violents, de la société égoïste, les femmes de la rue sont solidaires comme le montrait la touchante amitié entre deux sdf qui échangeaient devant la caméra des gestes affectueux, amicaux l'une réconfortant l'autre déprimée ! Egalement, une femme sdf qui a été aidée par les associations qui hébergent les femmes en difficulté a témoigné sa reconnaissance e des termes touchants.

Ainsi ma fondation en faveur des femmes en difficulté (en partuculier cancéreuses ou femmes battues) ne sera pas inutile et au nom de toutes mes soeurs inconnues qui souffrent dans leur corps et dans leur âme, je voudrais la mener à bien !